Non, l'euro n'a encore rien prouvé

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La cause semble entendue. La crise financière révèle en pleine lumière le rôle protecteur de l’euro, la monnaie unique européenne qui fête cette année ses dix ans. Preuves de ce triomphe, le nouvel intérêts pour la monnaie européenne de la part des membres de l’Union n’ayant pas encore adopté l’euro comme la Suède, le Danemark ou les nouveaux Etats membres comme la Pologne. Les Britanniques eux-même seraient en train de reconsidérer leur position vis à vis de l’euro et un pays comme l’Islande, non membre de l’UE, demanderait bientôt son entrée dans l’Union, seule manière d’intégrer le cercle de l’euro.

A entendre les commentaires unanimes des observateurs, il serait donc temps de reconnaître le caractère visionnaire de la construction monétaire européenne. Plus encore, selon un récent éditiorial du journal Le Monde (2/11), il conviendrait que les Français abandonnent enfin définitivement leurs réticences à l’égard d’une Banque centrale européenne qui a démontré toute son utilité à l’épreuve de la crise.

A brève échéance, personne ne peut nier la « protection » apportée par l’absence de taux de change entre monnaies europénnes contre des crises de change du type de celle que nous avons connues dans le passé. La crise de change ne s’est pas ajoutée à la crise financière, avec toutes ses conséquences très déstabilisatrices sur la politique des taux d’intérêt et sur la compétitivité des entreprises. L’euro n’a toutefois pas empêcher l’Europe de connaître la récession…

Il semble malheureusement que nous commentateurs chevronnés vont vite en besogne en déclarant la victoire définitive des partisans de la monnaie unique européenne car il s’agit en fait d’une analyse à très courte vue.

Après tout, se réjouir de l’absence de crise de change permise par la suppression des taux de change intra-européen est un tautologie. Cette constatation n’emporte aucune considération quant à l’utilité réelle d’un tel résultat. Ce type d’argument pourrait tout aussi bien être utilisé pour réclamer le retour à un système financier encadré par l’Etat pour faire disparaître les crises financières. Nos économies en seraient-elles plus prospères pour autant ?

Il convient donc d’approfondir la réflexion.

Nombreux sont en réalité les économistes qui considèrent l’existence d’un marché des changes et l’occurrence de crises de change comme des révélateurs de tensions économiques sous-jacentes aux quelles il convient de remédier. Ce point avait été très débattu par les économistes libéraux lors de l’adoption du Traité de Maastricht. Nous allons bientôt comprendre ce qu’ils voulaient nous dire.

Que recouvre en effet l’absence de crise de change en Europe ? Certainement pas une forte convergence et une grande stabilité sous jacente des économies européennes. Simplement, les signes de tension sont à trouver ailleurs, puisque le « signal » adressé par les variations du change a été supprimé.

Depuis quelques années, des évolutions très divergentes affectent les économies de la zone euro. L’Espagne et l’Irlande, hier beaucoup plus dynamiques que le reste de la zone euro sont en train de voir leurs économies entrer dans une sévère récession. Le chômage devrait, selon la Commission, y croître d’au moins 3 points d’ici 2010. Depuis trois ans, la France et l’Allemagne ont connu des rythme de croissance assez différents. L’Italie s’enfonce toujours plus dans la stagnation économique.

La crise financière va encore aviver ces divergences qui sont également perceptibles sur les marchés de la dette souveraine. Fin octobre, l’écart entre les taux d’intérêt sur la dette allemande et ceux sur la dette des autres Etats membres a atteint le niveau le plus élevé depuis la création de l’euro. Le « spread » de l’Italie et de la Grèce dépasse 100 points de base (1%). Des pays comme l’Autriche, pourtant élèves modèle de la zone euro, ont du renoncer à émettre des obligations d’Etat compte tenu des tensions sur la liquidité du marché. Le spead sur la dette française était de l’ordre 8 pb début 2008 ; il a atteint 33 pb.

La crise financière et les plans de sauvetage des banques qui l’ont suivi vont enfin accroître sensiblement les divergences au sein de la zone euro en matière de déficit public et de dette publique. La France devrait, dans les prochaines années, à nouveau s’éloigner significativement de l’objectif de 60% du PIB concernant la dette publique. La Belgique, l’Italie et la Grèce resteront en outre très éloigné de ce niveau d’endettement. 

Ces évolutions n’ont malheureusement rien d’étonnant. Elles avaient été prévues par la plupart des détracteurs de l’euro au moment de sa création.

Sans mécanisme de stabilisation budgétaire et salariale centralisé, il est très difficile de maintenir des conditions de croissance homogènes au sein d’un espace monétaire unifié. La zone euro, en l’absence d’un fédéralisme budgétaire totalement hors de portée et d’une coordination des budgets nationaux très difficile à opérer est donc condamnée à voir les tensions croître en son sein. Le cœur de la zone euro, dominé par l’Allemagne et tourné vers l’exportation continuera à bénéficier d’un régime monétaire adapté, celui de la BCE. En revanche, les pays moins compétitifs et moins exportateurs risquent fort de connaître une longue panne de croissance. Les gesticulations du Président français n’y feront rien. La crise financière a bien montré le refus très net de l’Allemagne d’envisager une plus grande solidarité financière entre européens et un « gouvernement économique » de l’Europe.

Plus grave encore, l’euro se révèle de plus en plus dans sa vraie nature de « cadeau empoisonné » fait aux gouvernements européens. La capacité, pour chaque Etat membre, de libeller sa dette souveraine en euro crée en effet un incitation forte à courte terme à s’endetter sans limite. Pourquoi en effet renoncer à la facilité du déficit public pour satisfaire les électeurs si l’emprunt est devenu si facile grâce à l’attrait de l’euro pour les investisseurs du monde entier. Cette tentation avait été considérée par les rédacteurs du pacte de stabilité européen, mais les contraintes juridiques n’ont que peu de poids politique en période de crise financière ou de panne de croissance (2003, 2009).

Les Etats les plus dépensiers ne s’y sont pas trompé. La France devrait voir sa dette passer de 56% du PIB en 2001 à 70% en 2010. Jacques Chirac avait cédé à la tentation de la dette. Nicolas Sarkozy semble prendre le même chemin. L’Italie conserve également une dette de plus de 100% du PIB.

Les nouveaux Etats membres qui frappent à la porte de l’euro ne s’y trompent pas non plus. Pourquoi attendre pour bénéficier de ce fantastique cadeau qui se traduit par un abaissement considérable du coût de l’endettement ? La Pologne vient donc d’avancer sa date cible pour son entrée dans la zone euro.

Au delà des problèmes de liquidité créé par la crise, les marchés semblent bien avoir compris ce piège très dangereux qui guette les pays européens. Peu à peu, ils en viendront à considérer que l’euro dans le cadre actuel n’est pas une construction viable. Le brusque effondrement de l’euro face au dollar sur le marché des changes, passé de 1,60 à 1,25 dollars en quelques semaines, témoigne de la fragilité de la devise europénne en période de crise. En outre, les spéculations se font jour sur la durabilité de l’appartenance de certains pays à la zone euro, en premier lieu l’Italie. Un article récent du Financial Times évaluait ainsi à 20% ou 30% le risque à terme d’explosion de la zone euro. Frappée par la sous-compétitivité durable de son industrie, combien de temps encore les Italiens accepteront-ils d’être condamnés par l’euro à une croissance faible ? Les dévaluations d’entant avait cet avantage de remettre régulièrement à zéro les « compteurs » économiques de ce pays. Tel n’est plus le cas dans l’euro. Tel sera demain le cas de la France ?

Ce dont les opérateurs de marché sont en train de prendre conscience, les décideurs politiques de l’Europe doivent aussi en prendre la mesure. Le « succès » de l’euro célébré depuis le début de la crise financière ne garantit en rien la viabilité à terme de la construction monétaire européenne. Projet politique baclé au lendemain de la réunification allemande, ignorant les contraintes de l’économie réelle et sous-estimant les obstacles à l’union politique, l’union monétaire européenne devrait bientôt connaître bien des turbulences.

C’est donc dès maintenant que les esprits lucides et responsables doivent réfléchir à cette question essentielle pour la France : comment sortir de l’euro ?

Guillaume LEROY

Guillaume LEROY est haut-fonctionnaire

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Christian louboutin 13/10/2010 09:40



Vous avez emprunté une robe noire ou d'une poursuite - comment voulez-vous faire croire le vôtre? J'aimerais ajouter de nombreux accessoires pointus - bijoux, UGG Bottes articles de bonneterie de luxe, une de mes nombreuses paires de chaussures Louboutin , et un grand sac à main. Alors je prends mon temps pour m'assurer que je suis mon maquillage parfait
pour compléter le look.



BA 26/01/2009 09:14


La méthode radicale : on quitte l'euro, on revient au franc, on nationalise la Banque de France et les grandes banques de crédit (comme De Gaulle l'avait fait le 2 décembre 1945).La banque, le crédit, la monnaie sont des services publics.La banque, le crédit, la monnaie doivent être nationalisés.

Jonathan Balsamo 26/01/2009 08:55

La méthode radicale : soit l'€/$ recule très fortement vers les 0,80 à 1 soit on quitte l'euro .L'euro est le fautif de la croissance faible en France et dans la zone euro .

BA 25/01/2009 14:51

Économie : l'euroland au bord de la crise.
Les critères de Maastricht et le pacte de stabilité n'ont pas réussi à rapprocher les économies des pays membres de la zone euro. Les disparités Nord-Sud perdurent et deviennent une véritable bombe à retardement.
Tout a commencé avec la crise financière. Celle-ci s'est rapidement transformée en crise économique. Elle pourrait maintenant se muer en crise de l'euro. Dix ans après l'adoption de la monnaie commune européenne, force est de constater que les critères de Maastricht et le pacte de stabilité, qui devaient permettre aux Etats concernés d'harmoniser leurs politiques économiques, se sont soldés par un échec total.
 
En réalité, les écarts de compétitivité entre, d'une part, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Autriche et, d'autre part, la France, l'Espagne, l'Italie, le Portugal et la Grèce n'ont cessé de se creuser et vont encore s'aggraver sous l'effet de la crise économique et financière. Les pays économiquement plus faibles vont devoir financer la relance de leur économie par un nouvel accroissement de leur dette et devront verser encore plus d'intérêts. La Grèce, par exemple, devra payer deux fois plus que l'Allemagne pour rembourser ses emprunts d'Etat. Il n'y a pratiquement aucun espoir d'échapper à ce cercle vicieux.
 
Autrefois, la dévaluation de la monnaie était l'arme la plus efficace dans ce genre de situation. Cela est aujourd'hui impossible. Désespéré, le gouvernement italien a tenté de négocier avec l'Allemagne pour lancer un emprunt d'Etat conjoint et s'est naturellement fait envoyer sur les roses. Car les Allemands n'ont pas l'intention de payer pour les Italiens. Ces tensions ne retomberont que si la disparité des économies du Nord et du Sud s'estompe. A défaut, il ne restera d'autre alternative que de sortir de la zone euro.
 
http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=93846