"Il faut sortir de l'euro !" - 1ère partie

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Une intervention d'Alain COTTA, Professeur d'économie à l'Universite Paris Dauphine,

Il s'agit de la première partie de son propos. Nous publierons dans quelques jours les parties suivantes.

Bonne lecture, et faites circuler !

"Je vous demande de vous souvenir de ce qui s'est passé au moment du vote du Traité de Maastricht :
L'ensemble des partis politiques, sauf les extrêmes (1), était favorable à l'euro. Le matin du vote, le pasteur, le rabbin et l'évêque étaient montés aux créneaux radiophoniques pour nous dire qu'il fallait voter oui dans l'enthousiasme.
Je me souviens aussi que nos deux grands réseaux de pouvoir économico-socialo-politique : je nomme les Francs maçons, dans leur diversité, et l'Opus dei étaient – ça leur arrive rarement - la main dans la main, favorables à l'euro.
Il y avait en faveur de l'euro une sorte de Sainte alliance sociopolitique avec deux objectifs affirmés :
Le premier d'ordre économique, intime au pouvoir que je n'ai pas encore cité : le patronat. Les entreprises étaient, bien évidemment, favorables à l'extension d'un marché, d'un marché unique européen, qui était déjà inscrit dans l'Acte unique mais qui, avec l'installation de l'euro, acquérait une homogénéité particulière.
Il y avait aussi un projet d'ordre politique. Les politiques – je pense à notre ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing – ont toujours considéré que l'euro était le sas absolument nécessaire entre l'Europe économique et l'Europe politique. Le Président Giscard d'Estaing, ceux qui étaient autour de lui et la plupart des politiques favorables à l'euro étaient guidés par la volonté de l'intégration européenne, certains ayant dans la tête, notamment les Français, pour des raisons historiques, l'idée qu'à travers l'Europe nous allions en imposer aux Etats-Unis…
Nos politiques de gouvernement, de droite comme de gauche, étaient tous devenus monnétistes, dans le sens où Jean Monnet disait : « Il faut faire l'Europe politique, mais n'en parler jamais ». Pour eux, l'euro était le moyen de le faire dans une discrétion prenant ses racines dans l'incompréhension.
Voici six ans que cette petite farandole a eu lieu.
L'objectif économique est-il atteint ?
La réponse est non !
Pas de croissance, une certaine forme de stagnation longue, un chômage qui reste à 10% de la population active, une recherche-développement qui ne cesse de baisser en pourcentage du produit national et dans l'absolu, une absence quasi-totale de projet économique européen… Visiblement, l'objectif économique n'est pas atteint ! C'est même le contraire qui est atteint.
L'objectif politique : l'intégration des nations européennes, parlons-en…
Même avant l'élargissement, on sentait des tiraillements, c'était déjà une Europe à plusieurs vitesses : le Royaume Uni était sorti de l'euro, l'Italie n'a jamais été, à mon sens, vraiment européenne. Avec l'élargissement, il ne fait aucun doute que tout est au point mort : nous n'arrivons même plus à opérer la moindre entente sur des sujets délicats et pourtant nécessaires comme la fiscalité.
En fait, on peut même dire que, depuis l'euro, nous avons assisté à un recul de l'intégration politique de l'Europe et que l'avènement éventuel de la Turquie fera le reste … et commence à faire le reste même dans la majorité actuelle en France puisque, à l'évidence, les positions des deux grands candidats ne sont pas les mêmes à cet égard. Non seulement depuis l'euro, l'Europe ne s'est pas intégrée… mais elle s'est désintégrée."

La suite bientôt...

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