"Il faut sortir de l'euro !" - Suite et fin

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Une intervention d'Alain COTTA, Professeur d'économie à l'Universite Paris Dauphine,

Voici la dernière partie de son propos (retrouvez ICI la première et ICI la deuxième). N'hésitez pas à transférer par mél cette trilogie à vos amis !

Bonne lecture, et faites circuler !

"La seconde question, beaucoup plus importante, est politique.
Les politiques savent que le discours économique est relativement inutile, qu'il faut d'abord faire voter les individus, que ceux-ci votent en fonction de mille considérations, qu'ils ne connaissent rien à l'économie, qu'il est inutile de leur expliquer et que c'est très bien comme ça.

La deuxième condition pour que nous sortions de l'euro est que la conjugaison des deux grands pouvoirs qui ont amené à l'euro consentent d'une façon ou d'une autre à mettre en cause leur politique : j'ai parlé des grandes entreprises d'une part et de la classe politique d'autre part.

Les grandes entreprises ont-elles un intérêt quelconque à mettre en cause l'euro ?
Elles en sont de moins en moins fanatiques.
Pour la première fois, des n°2 ou n°3 de banques françaises m'ont confié qu'il serait préférable de sortir de l'euro…Si les grandes entreprises sont de moins en moins favorables à l'euro c'est qu'elles sont désormais mondialisées et que leur espace d'intervention favorable n'est plus l'Europe ou, en tout cas, n'est plus seulement l'Europe. Les multinationales raisonnent désormais dans un espace mondial et elles savent très bien que, quelle que soit l'importance de l'Europe dans le commerce mondial, son poids dans le produit global mondial n'est pas tel qu'il lui faille continuer à discuter uniquement Europe alors que l'Asie monte et que le pouvoir chinois nous promet un PNB à 30% du PNB mondial en 2030, ce qu'il était en 1800 ! (car c'est à l'heure actuelle l'objectif chinois… qu'il faut avoir à l'esprit).
Les grandes entreprises mondiales et françaises font leurs bénéfices ailleurs qu'en France et qu'en Europe, là où sont les marchés [Ce n'est pas une critique des multinationales que je présente là mais une critique de la façon dont nous pouvons les juger.] Les firmes multinationales ne sont plus aussi passionnées par l'euro qu'elles l'étaient, elles sont, comme dirait Rimbaud pour la « vraie vie », elles sont déjà « ailleurs ».

Le personnel politique est-il – ou pourrait-il être – favorable à l'abandon de l'euro ?
La réponse est non !
Pour deux raisons fondamentales :
La première c'est qu'il a promis aux Français pendant dix ou vingt ans que l'Europe était « la » solution pour la croissance… pour l'intégration… Avec l'euro, il a mis les bouchées doubles en faisant de la monnaie – ce qui est contraire à toutes les théories libérales – un facteur d'intégration politique.
La deuxième raison, c'est que les pouvoirs politiques européens vivent très tranquilles à l'abri de l'euro. L'économie, c'est féminin, la politique aussi… l'union de deux féminins ne fait pas forcément quelque chose de gai (sans mauvais jeu de mots) mais ça permet de comprendre pourquoi le futur est souvent différent de nos prévisions.
L'euro protège les politiques.
Ils peuvent, à l'heure actuelle, provoquer un déficit extérieur de la balance commerciale sans rencontrer la contrainte extérieure…
Ils peuvent provoquer un déficit considérable du budget, plus ou moins masqué sans contrainte financière… plus de hausse des taux d'intérêt… puisqu'on ne considèrera que le taux d'intérêt fixé par Francfort.
Pourquoi voudriez-vous donc que le pouvoir politique abandonne ce qui, à l'heure actuelle, fait sa vie très belle… en tout cas tranquille ?
C'est en cela que le pouvoir politique nous représente : la France a choisi d'avoir une vie tranquille, elle choisit un pouvoir politique qui, lui aussi – et on ne peut pas le lui reprocher – veut vivre tranquille.
C'est la raison pour laquelle je ne pense pas que, quelle que soit la nécessité d'en sortir, l'euro puisse être mis en cause rapidement sinon à l'occasion de désordres sociaux d'ampleur (les Corses ne suffiront pas (2)) ou d'un franc retour à l'inflation qui mettrait en cause la rente, donc les retraites, c'est à dire 10% du produit national français, soit 15% de sa population et 30% des votants.
Voilà les deux seules façons dont nous pourrions éventuellement sortir de l'euro."

Publié dans Analyses

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