Un premier pas salutaire, mais...

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Enfin, un homme politique de premier plan, et de surcroît candidat à l'élection présidentielle, a parlé de l'euro dans l'un de ses discours !

Nous vous proposons de lire l'intervention de Nicolas Sarkozy à Agen le 22 juin dernier.

Nous y décelons une ébauche de réflexion sur l'existence même de l'euro. Même si Nicolas Sarkozy rappelle avec force qu'il a soutenu la création de la monnaie unique, et qu'il en est fier, il s'interroge sur les mauvaises performances de la zone euro, et pointe du doigt la politique rigide de la BCE.

Nous avons déjà eu l'occasion d'expliquer à plusieurs reprises que nous ne pensons pas possible une réorientation de la politique de la BCE sans remise en cause à terme de la monnaie unique. Tout comme l'euro ne pouvait voir le jour qu'à la suite et à la condition de la politique du Franc fort des années 1990 (ce que déplore paradoxalement aujourd'hui Nicolas Sarkozy), maintenant que la monnaie unique existe, elle ne peut tenir et subsister qu'au prix d'une politique ferme visant à contrarier les éventuels prjets nationaux de relance budgétaire. Ce qui signifie la défense de l'euro fort et une politique de lutte exclusive contre l'inflation, au détriment de la croissance et de l'emploi.

Critiquer l'euro fort et la BCE, c'est donc logiquement remettre en cause l'existence même de la monnaie unique. Par idéologie, Nicolas Sarkozy n'a pas (encore ?) poussé le raisonnement jusqu'à son terme et veut croire (feint de croire ?) qu'on peut obtenir une politique monétaire plus conciliante et plus intelligente sans en revenir aux monnaies nationales.

Un premier tabou a été brisé à Agen, quelques uns restent à détruire si l'on souhaite dire la vérité aux Français...

 

Le discours :

"Avons-nous déjà oublié le Franc fort à tout prix qui nous a coûté cher en emplois, en pouvoir d’achat, en déficits et en endettement public pour que nous nous sentions obligés de recommencer alors même que nous n’avons plus à gérer la réunification allemande et la marche vers l’Euro ?

Nous ne l'avons pas oublié non, et le million de chômeurs qui l'a payé de son emploi encore moins...mais que n'avez vous dit cela plus tôt ? et que visait cette politique stupide si ce n'est la création de l'euro ?

N’avons-nous pas encore compris combien il est risqué pour l’emploi de pousser à la réévaluation de l’Euro quand tous les autres pays du monde mènent une stratégie monétaire offensive, et quand le dumping monétaire amplifie les effets dévastateurs du dumping social ? Demandez donc au patron de la petite entreprise industrielle et à ses ouvriers qui ont vu en quelques mois la baisse du dollar ruiner des années d’effort de productivité !

Je me souviens de Lionel Jospin déclarant pendant la campagne pour l’élection présidentielle : « Un homme politique responsable ne parle pas de la monnaie ». Pour moi c'est dire cela qui est irresponsable ! (nous sommes bien d'accord !)  Il n’y a pas un pays au monde où la monnaie ne soit pas un instrument de politique économique. Regardez les Etats-Unis, le Japon ou la Chine. (remarquons au passage que Nicolas Sarkozy ne cite que des pays, des Etats souverains, et non des entités composées de plusieurs nations...) Et demandez-vous pourquoi les pays européens qui enregistrent les meilleures performances en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de croissance comme le Danemark, la Suède ou l’Angleterre sont en dehors de l’Euro ?

Voilà enfin un homme politique qui ose le dire ! nous ne cessons de le répéter sur ce site...Nous nous sommes bien posés cette question, et notre réponse est très simple : le responsable n'est personne d'autre que l'euro lui-même.

J'ai voté pour la création de l'Euro. Je ne le regrette pas.

Nous avons fait l’Euro au prix de beaucoup de sacrifices mais nous l'avons fait pour agir pas pour subir !

Nous avons fait l’Euro pour mettre le travail européen en mesure de relever le défi de la mondialisation, non pour l’étrangler.

Contradiction avec la lamentation sur le Franc fort quelques lignes plus haut...

J’ai toujours dit oui à l’Europe. J’ai voté oui à l’Acte unique, oui à l’Euro – et il n'est pas question de le remettre en cause. J'ai voté oui à la constitution européenne !

Oui mais il faut savoir écouter le peuple, et lui, il a voté NON, et massivement !

Mais on ne peut pas être un Européen conséquent et se satisfaire de la situation actuelle qui affaiblit l’Europe. Etre un européen conséquent c’est dire à la Banque Centrale Européenne qu'il y a des risques à poursuivre une politique de resserrement monétaire alors que l’activité stagne. Il est urgent que soit créé un véritable gouvernement économique de la zone Euro et que soient rediscutés le statut et les objectifs de la BCE (Nous avons eu l'occasion de dire ce que nous pensions de cette solution, refusée de surcroît par quasiment tous nos partenaires) Dire la vérité aux Français, c'est reconnaître que l'introduction de l'Euro a brouillé les repères monétaires et qu'il s’est bel et bien accompagné d’une forte hausse du coût de la vie et d’une chute du pouvoir d’achat. Cela ne s’est peut être pas vu dans les statistiques de la Banque Centrale mais cela s’est senti dans les porte-monnaie de tous les Français.

 

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Leo50 03/12/2006 00:09

Sarkosy pourrait promettre de tout faire pour réformer l'euro vers plus de croissance, et moins de chomage, je ne le suivrais pas car je n'ai absolument aucune confiance en cet homme, lequel n'a pas de cohérence.
Je me rappelles que Chirac avait promis en 1995 un referendum sur l'euro. On ne l'a jamais eu (comme pour beaucoup de ses promesses).
Par ailleurs, comme vous, je pense que c'est juridiquement et techniquement impossible.