L'euro, entre promesses et idées fausses

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Les promoteurs de l'euro n'ont pas été avares de promesses quand il a s'agit d'imposer la monnaie unique à l'opinion publique. Aujourd'hui encore, on nous répète inlassablement comme un disque rayé que l'euro heureusement existe, que sans lui la crise serait encore bien plus grave, etc. oubliant au passage que nous pouvons aisément faire la comparaison avec les pays européens hors euro et qui, ô miracle !, s'en sortent bien mieux que nous...

Pour qui nous prend on ?!

Voici une petite liste des promesses et autres idées fausses de l'euro...à vous de juger :

* promesse de l'euro en 1992 : le retour de la croissance et du plein-emploi...est-il nécessaire de commenter ? depuis cette date, croissance en berne, inférieure à 2% presque tous les ans, chômage stabilisé aux alentours de 10%, le plein-emploi est bien loin...

* l'euro fera (fait) jeu égal avec le dollar : à la fois une promesse et une belle idée fausse...en réalité, tous les analystes le savent, l'euro est systématiquement à la remorque du dollar. Quand la banque centrale américaine (le Fed) juge qu'une mesure est bonne pour l'économie des Etats-Unis, elle mène la politique monétaire adéquate, ce qui s'est traduit aux premiers temps de la monnaie unique par une forte dépréciation de l'euro puis depuis quelques années par une hausse catastrophique de ce même euro. Il s'agit ni plus ni moins d'une dépréciation compétitive du dollar, orchestrée par la Fed dans le seul but de relancer et de soutenir la croissance américaine. La BCE est bien incapable de mener une politique identique et n'a pas les moyens de riposter du fait de son indépendance sacralisée, ce qui prouve très clairement son immense impuissance et le mythe absolu que représente l'idée d'une égalité euro/dollar...

L'euro n'a pas, non plus, concurrencé de façon significative le dollar dans les échanges internationaux. Son rôle n'a pas dépassé celui de l'ensemble des monnaies qu'il a remplacées : mark, franc, lire, peseta et quelques autres.

 

* l'euro est un bouclier contre les crises internationales : cela en devient presque risible...la crise économique a touché la zone euro de plein fouet, elle est même plus aiguë dans les pays européens partageant l'euro que dans les autres. La crise boursière a elle-aussi secoué la zone euro. L'euro n'est pas et ne peut pas être un bouclier parce qu'il n'est sous-tendu par aucune vision stratégique et aucune politique nationale.

 

* Mais il y a plus grave : la convergence annoncée entre les conjonctures des pays membres de la zone euro, comme celle de leurs niveaux de prix ou de leurs taux d'inflation, ne s'est nullement produite. Ce qui signifie que la Banque centrale européenne doit appliquer uniformément à toutes ces économies en divergence une politique monétaire unique, inadaptée aux besoins particuliers de chacune. Actuellement, par exemple, la récession en Allemagne et en France appellerait une baisse des taux d'intérêt et une baisse du taux de change, alors que la vigueur de l'expansion en Espagne et un léger regain de l'inflation demanderaient la politique exactement inverse. La BCE ne peut, au mieux, que pratiquer une politique moyenne, qui ne convient ni aux uns ni aux autres.

Pour finir, une petite citation qui date de 1992...

" La création de cette monnaie européenne n'aura rien d'automatique […]. En outre, chaque Etat conservera la maîtrise de sa politique budgétaire* et fiscale, dans des limites qui ne seront pas plus étroites que celles d'aujourd'hui. "

Edouard Balladur
29 avril 1992, Le Monde

 

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