Même dans le Monde le débat est né...

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Un article du Monde "9 raisons réelles ou supposées de sortir de l'euro", pas parfait, mais qui a le mérite de montrer que le débat existe...

Tempêtes sur les marchés. Après le non aux Pays-Bas, l'euro est tombé mercredi 1er juin sous le seuil de 1,22 dollar, son plus bas niveau depuis huit mois. Selon David Solin, analyste de FX Analytics, le marché spéculerait "sur une possible dissolution de l'Union monétaire, même si personne ne pense que cela peut vraiment arriver" . Le président en exercice de l'Union européenne et de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a affirmé après le non néerlandais qu'il ne voyait "pas de raison pour l'euro de réagir de façon irrationnelle" . Depuis sa création, l'euro a oscillé entre 0,82 et 1,36 dollar.


Légitimité controversée de la BCE. Depuis sa création, la Banque centrale européenne remplit la mission qui lui est assignée par le traité de Maastricht : l'inflation dans la zone euro est sous contrôle, autour de 2 %. Le référendum français a relancé la controverse sur son indépendance et sa vocation.
La priorité donnée à la lutte contre l'inflation au détriment du soutien à la croissance est mise en cause, au moment où l'OCDE et le FMI invitent la BCE à baisser ses taux pour relancer l'activité européenne. Pour Marc Touati, économiste de Natexis Banques populaires, "il serait opportun de changer les statuts de la BCE en intégrant une prise en compte plus explicite de la croissance et de l'emploi" .

Faiblesse générale et divergences entre les pays membres. La zone euro accuse un retard de croissance chronique sur les autres régions du monde. Elle est menacée de stagnation cette année. Ses dirigeants s'inquiètent des divergences économiques persistantes entre les pays : au premier trimestre 2005, l'Italie est en récession, alors que l'Allemagne engrange une croissance de 1 %. L'Espagne est en pleine forme, tandis que la France est en panne. Les coûts de production varient au sein des Douze, et ces écarts risquent de creuser le fossé entre pays compétitifs et ceux qui ne le sont pas.

L'inflation fluctue d'un pays à l'autre, ce qui complique la tâche de la BCE pour fixer ses taux. La banque minimise ces divergences, estimant qu'elles sont du même ordre qu'aux Etats-Unis.

L'absence prolongée du Royaume-Uni. Le premier ministre britannique, Tony Blair, espérait être en mesure de qualifier son pays à l'euro. Mais cette perspective s'est éloignée. Son successeur pressenti, Gordon Brown, a tout fait pour empêcher son pays de rejoindre l'euro. Le cavalier seul de la Grande-Bretagne prive la monnaie unique du dynamisme de l'économie britannique, et de sa place financière.

Convergence délicate avec les candidats. Alors qu'ils restent dans une situation fragile sur le plan budgétaire, les dix pays de l'élargissement ont l'obligation de rejoindre l'union monétaire. La Lettonie, Chypre, Malte, l'Estonie, la Slovénie et la Lituanie ont intégré le mécanisme des changes européen bis, sorte d'antichambre avant la monnaie unique, qu'ils espèrent adopter à partir de 2007. La Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie ne pensant pas adopter l'euro avant 2009-2010. En plus du respect des critères de Maastricht, les dirigeants européens exigent de ces pays une convergence la plus durable possible de leurs économies avec celle de la zone.

Les difficultés du pacte de stabilité et de croissance. Le déficit du Portugal menace de s'approcher des 7 % du PIB cette année. Celui de la Grèce se situait à -7,1 % en 2004. Allemagne, France et Italie ont du mal à revenir sous le seuil de 3 %. Les Etats membres ont réaménagé le pacte de stabilité en mars 2005, pour lui donner davantage de souplesse. Ces difficultés se doublent d'une crise de confiance envers les statistiques budgétaires, qu'illustre le refus de la Commission de certifier les chiffres transmis par le gouvernement italien pour 2003 et 2004.

Absence d'intégration politique. Les dirigeants européens tentent d'organiser un pendant politique à la BCE. Instance informelle, l'Eurogroupe, qui réunit les ministres des finances de la zone, a pour vocation d'améliorer la coordination des politiques économiques et budgétaires nationales. Le rôle de son président, Jean-Claude Juncker, élu pour deux ans, a été renforcé. Mais l'harmonisation des politiques économiques ou fiscales a fait peu de progrès. "Une véritable coordination des politiques économiques était souhaitable dès le démarrage du processus" , analyse Jean-Pierre Petit, directeur des études chez Exane BNP Paribas, dans une récente note intitulée "La création de l'euro, un raté économique ?" . "C'est ici tout le problème de la mise en place d'une Union monétaire avant toute forme d'Union politique qui est posé" , observe-t-il.

Perte de confiance des populations. Aux Pays-Bas, l'euro a été la cible des attaques des tenants du non, qui ont critiqué la perte de pouvoir d'achat provoquée, selon eux, par la sous-évaluation du florin vis-à-vis de l'euro, lors de la création de l'Union monétaire. Les populations ont eu le sentiment que l'adoption de l'euro s'était accompagnée d'une hausse des prix, en particulier dans le commerce de détail.

Une sortie précipitée. Un Etat riche, comme les Pays-Bas, ou en graves difficultés financières, comme le Portugal, peut-il sortir de l'Euro ? Le traité de Maastricht ne prévoit pas cette possibilité. L'adhésion a été présentée comme un phénomène irréversible.

 

Publié dans Analyses

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