Réforme de la BCE, la fausse bonne idée

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BCEDes voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour réclamer une réforme des statuts et des objectifs de la Banque Centrale Européenne (BCE). La campagne sur la Constitution européenne a permis à ces voix de se faire entendre, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir. En effet, il est vrai que le fonctionnement de la BCE est d'une totale ineptie : non seulement cette banque est complètement indépendante des autorités politiques européennes (cas unique au monde), ce qui empêche toute coopération intelligente, et par ailleurs il n'a été assigné à la BCE qu'un seul objectif statutaire : la lutte contre l'inflation, même si cela doit se faire au détriment de la croissance et de l'emploi. Cet objectif, hérité des années 1970, est en total décalage avec la réalité du monde d'aujourd'hui.

Une profonde réforme de la BCE semblerait donc une solution positive pour régler ces problèmes et permettre par là-même à la machine européenne de repartir durablement. Il est cependant illusoire de le croire. D'une part parce qu'une telle réforme nécessiterait un accord unanime des membres de l'UE, ce qui semble exclu à moyen et long terme quand on sait que dans une grande majorité de pays, le statut de la BCE ne fait pas du tout débat. D'autre part, à supposer même qu'on puisse aboutir à un accord assignant à la BCE de nouveaux objectifs, la croissance et l'emploi, et l'obligeant à coopérer avec les Etats membres, il n'en resterait pas moins le problème de l'euro en soi. Puisque qui dit banque centrale et monnaie uniques dit nécessairement taux d'intérêt unique et politique monétaire uniforme pour 12 pays (peut-être 15 ou 20 demain) aux taux d'inflation et de croissance pourtant très divergents. Ainsi, le problème fondamental, structurel que pose l'existence de l'euro, celui d'une politique monétaire unique plaquée sur des réalités nationales diverses, demeurerait même dans l'hypothèse où la BCE serait réformée, hypothèse plus qu'improbable comme nous l'avons vu. Une telle réforme améliorerait sûrement un peu les choses, mais ne produirait finalement pas beaucoup plus d'effets qu'un cautère sur une jambe de bois !...

Comme nombre d'économistes l'analysent aujourd'hui, la seule solution viable à long terme pour redresser la croissance et l'emploi en France et en Europe et pour permettre à la zone euro de rattraper son retard, est de traîter le mal à la racine, de sortir de l'euro. Il faudra bien que nos hommes politiques se posent un jour la question de savoir pourquoi décidément rien n'y fait, pourquoi la crise s'éternise dans la zone euro alors que les pays en dehors se portent bien mieux. Lorsque le voile de l'idéologie sera totalement dissipé, comme c'est déjà presque le cas en Allemagne ou en Italie, nous pourrons nous saisir de ce problème à bras le corps et faire le choix éminemment sage et réfléchi de sortir de l'euro.

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