Alors que l'euro n'en finit plus de grimper, et de terrasser nos entreprises et notre balance commerciale, commencerait-on dans les cercles autorisés à s'interroger sur sa pertinence ?

Signe que les choses commencent peut-être enfin à bouger, Yves Calvi a consacré le 1er janvier dernier une émission entière de "C dans l'air" sur France5 à la monnaie unique, sous le titre délicieux "l'euro, une erreur ?" (lien ICI vers l'émission, cliquez sur "voir la vidéo").
Il va de soi que ce genre d'émission n'aurait pas été possible sur une grande chaîne de télévision française il y a quelques années encore. Alors que les sondages révélaient qu'une majorité croissante de Français regrettaient le franc, estimant que l'euro n'avait pas tenu les promesses de ses fondateurs, le débat public restait quasi inexistant.
Entre temps, Nicolas Sarkozy a fait campagne sur l'euro et la BCE, fustigeant la politique de la banque européenne. Arrivé au pouvoir, il n'a malheureusement rien fait, laissant la monnaie unique s'apprécier encore de 15%. Mais il a bien malgré lui attiré l'attention des Français sur le drame de l'euro et les performances médiocres des pays de la zone euro comparativement aux pays européens qui ont conservé une politique monétaire nationale.
Pour cette nouvelle année, nous n'aurons qu'un seul souhait : que les émissions type "C dans l'air" du 1er janvier se multiplient ! Que le débat sorte du cercle trop restreint d'Internet !
Mercredi 12 septembre 2007
Coup sur coup, le ministre du budget Eric Woerth et le président du directoire de PSA Peugeot Citroën Christian Streiff ont dénoncé le niveau de l'euro, jugé beaucoup trop élevé et nuisible à la compétitivité de l'économie française.

Après avoir explosé les records l'an dernier (25 milliards d'euros), le déficit commercial français est en effet bien parti pour battre à nouveau ce triste chiffre cette année, ce qui se traduit par moins de croissance et moins d'emplois.
Cela fait des années que nos responsables politiques s'émeuvent publiquement du niveau de la monnaie unique. Cela fait des années qu'ils nous promettent une réaction ferme et rapide face à la toute-puissante BCE, et notamment en période électorale, n'est-ce pas Monsieur Sarkozy ?... Cela fait pourtant des années qu'ils ne font absolument rien.
L'architecture actuelle du système européen ne leur laisse en réalité aucune marge de manoeuvre. C'est mentir que de nous dire qu'on interviendra pour mettre la BCE au pas. Nos responsables politiques le savent bien. En restant dans le cadre actuel de l'euro, rien ne pourra changer vraiment. Les Traités européens garantissent en effet à la Banque centrale de Francfort une indépendance absolue, d'autant que les Allemands sont très attachés à ce principe et à une monnaie forte.
Dès lors, nous pouvons continuer à hurler longtemps à l'euro fort, rien ne changera. Le système monétaire européen bute sur ses limites intrinsèques, à savoir l'impossibilité de satisfaire les besoins de 13 pays si fondamentalement différents. L'Allemagne, la France ou la Slovénie n'ont pas les mêmes besoins. Les pays de la zone euro ne partagent pas tous les mêmes caractéristiques en terme d'activité, de structure d'exportations, de croissance, d'inflation et de démographie. Ils ne devraient donc pas tous être soumis au même régime. C'est pourtant précisément ce que prévoit le système de l'euro.
La monnaie unique était censée nous apporter croissance et prospérité. Depuis sa création, la morosité n'a jamais été aussi importante. Il y a des conséquences pragmatiques à en tirer. Qui aura le courage de le dire, puis de le faire ?...