Réflexions sur la France, l'Europe et le monde dans 25 ans
Réflexion première : Evitons que l'Europe, cette communauté de destins, ne devienne une communauté de déclins.
Les démographes nous le confirment de plus en plus clairement : dans 25 à 30 ans, la France comptera près de 70 millions d'habitants, autant que l'Allemagne, l'Italie 50 millions et l'Espagne toujours 40 millions. Dix à quinze ans plus tard, ces chiffres atteindront respectivement 75 millions, 67 millions, 47 millions et 39 millions. On le comprend donc aisément : avec l'Irlance, un seul pays conservera un relatif dynamisme démographique en Europe : la France. A l'inverse, les pays les plus touchés par le veillissement de la population, et à terme par une baisse du nombre d'habitants, sont les pays méditerranéens, l'Italie en tête, l'Allemagne et la quasi totalité des nouveaux pays membres de l'UE, à l'Est *
Outre les gigantesques problèmes pour l'équilibre des comptes des retraites et de la sécurité sociale, le vieillissement démographique, et l'érosion d'une population, freinent considérablement le dynamisme d'un pays, sa capacité d'innovation, la taille de son marché intérieur, et donc la force des ses entreprises, leurs investissements et leurs exportations. Déjà depuis quelques années, on constate un affaiblissement structurel des taux de croissance allemand et italien par rapport à celui que connaît la France.
Ces divergences d'évolutions démographiques, et donc sociales et économiques, entraîneront une recomposition radicale de l'équilibre européen que tout homme politique digne de ce nom se doit d'anticiper. Nos pays auront par la force des choses des choix très différents à opérer : pour l'un appel massif à l'immigration, pour l'autre dans une moindre mesure, pour l'un avantage donné à l'épargne, pour l'autre à la consommation,...on peut ainsi décliner la palette des choix de société que modèle une réalité démographique.
Dans ce contexte, il semble tout à fait déraisonnable de maintenir avec plusieurs "poids lourds" de l'Europe, particulièrement touchés par le veillissement de la population, des liens juridiquement contraignants, aux conséquences macroéconomiques gigantesques. L'existence d'une monnaie unique en est certainement le meilleur des exemples. Rester poings et mains liés à des pays amis mais qui risqueront de devenir un poids terrifiant pour notre propre dynamisme économique et social, jusqu'à pénaliser gravement nos propres chances de développement dans le monde, relèverait du masochisme idéologique le plus barbare. Retrouver une marge de manoeuvre pour éviter de tomber dans le gouffre vers lequel pourraient nous entraîner des pays affaiblis par leur démographie, est d'une part de notre intérêt et de celui de tous les Français, et d'autre part ne nous empêcherait nullement de maintenir avec nos voisins d'excellentes relations fondées sur l'échange, le partage et l'amitié, et non plus sur la contrainte et l'enserrement juridico-économique créateur de ressentiment.
Réagissons pour éviter ce piège qui nous attend. Rérorientons radicalement la construction de l'Europe vers une plus grande souplesse, un plus grand pragmatisme, appuyés sur les valeurs de justice sociale et de dynamisme. Evitons que l'Europe, cette communauté de destins, ne devienne une communauté de déclins.
La première des choses à faire, non seulement pour anticiper ce choc, mais également pour mettre fin à une situation déjà aujourd'hui ruineuse parce qu'uniquement fondée sur l'idéologie, sera de sortir de la zone euro, de nous délier juridiquement d'un carcan monétaire qui nous porte tant préjudice !
* études OCDE, INSEE : nombre moyen d'enfants par femme en France : 1,9 ; en Allemagne : 1,3 ; en Italie : 1,2 ; en République tchèque : 1,2. En 2050, le poids démographique de la France dans le monde, du fait du très net ralentissement de la croissance de la population mondiale, sera quasimment le même qu'aujourd'hui. Il sera accru de 25% au sein de l'Europe.