Les tensions sous-jacentes de l'euro

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Depuis quelques temps, des articles de plus en plus fréquents soulignent que la zone euro affiche des performances économiques bien moins bonnes que celles de la zone non-euro, et rappellent que la zone euro n'étant pas une zone monétaire optimale, des tensions vont inévitablement naître et s'intensifier.

Peuvent-elles aller jusqu'à la rupture du système euro ? Un rapport de la banque d'affaires Morgan Stanley estime que oui, remarquant notamment : "nous pensons que les marchés devront attacher une plus grande probabilité à une rupture de l'union monétaire et/ou de l'Union européenne elle-même à une date future... en dépit des coûts liés à l'abandon de l'euro, un pays pourrait conclure que les bénéfices de la réintroduction d'une monnaie nationale sont encore plus grands". Les extraits de ce rapport sont publiés sur le site "EU Observer" (référencé en page d'accueil), où figure aussi une réponse du Prix Nobel Robert Mundell selon lequel l'hypothèse d'une rupture de l'euro est tout à fait marginale aujourd'hui. Dans le Wall Street journal daté du 5 février 2004, Morgan Stanley récidive néanmoins sous la plume de Joachim Fels, l'un de ses directeurs à Londres.

M. Fels souligne que l'euro rencontre des difficultés propres (la monnaie unique impose l'unification des taux de change et d'intérêt à des pays qui ont des besoins différents), aggravées par les conflits qui traversent actuellement l'Union européenne : pacte de stabilité, projet de Constitution, et bientôt perspectives financières et entrée de la Turquie.

Tout additionné, M. Fels estime que la probabilité d'une cassure s'accroît, d'autant que, contrairement à ce que l'on croit, sortir de l'euro sera techniquement plus facile que d'y entrer.

Pour notre part, nous avons toujours pensé que l'unification monétaire était inadaptée à la situation de l'Europe, où coexistent des peuples distincts avec des économies spécifiques. En dépit de ces obstacles, les pays participants sont entrés dans ce système en 1999, et maintenant il va dérouler implacablement ses conséquences. Nous ne pouvons pas souhaiter son explosion, car tout le monde le paiera très cher. Mais nous ne pouvons pas exclure que cette hypothèse se produise, le jour où, comme Morgan Stanley le souligne, certains dirigeants gouvernementaux se rendront compte que les coûts de la sortie de l'euro sont considérables, mais encore moins que ceux du maintien.

L'Argentine, qui avait établi une parité fixe de sa monnaie avec le dollar, a finalement été obligée de la rompre. Ce n'était pas de gaieté de coeur. Mais la catastrophe engendrée par la dépossession de la politique monétaire était telle qu'il n'y avait plus de choix. Nous n'en arriverons pas là, espérons-le. Mais le sens de l'évolution nous est bien montré, malheureusement, par l'aventure argentine.

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