La fuite en avant, vieux démon des idéologies

Publié le

 

L'autisme de nos dirigeants face au NON du 29 mai et à ses significations, ou de la même manière face aux échecs avérés de l'euro et aux propositions de nombre d'économistes est caractéristique des grands systèmes idéologiques.

L'Histoire nous a en effet appris le mode de fonctionnement des idéologies globalisantes. Quand une idéologie doit faire face à des échecs répétés, elle a toujours deux façons de réagir : soit elle tire le bilan de ses erreurs et tente de corriger le tir, soit elle estime que l'échec est le résultat d'une application encore trop imparfaite des dogmes qu'elle ne cesse de promouvoir. La première réaction suppose une capacité de recul face à ses propres croyances, et c'est pourquoi elle est par essence inconcevable dans un système idéologique. Ainsi, les réactions a priori incompréhensibles des idéologies qui consistent à choisir la fuite en avant quand rien ne va ne doivent pas nous surprendre. La révolution culturelle de Mao n'obéissait pas à une autre logique.

Dans ce registre, et dans le contexte bien sûr qui est le nôtre, un peu de recul historique nous amène à constater exactement ce même phénomène pour ce qui est de la constuction de l'Europe telle qu'elle se fait depuis quelques années. Alors que l'économie, la croissance et l'emploi pâtinent, alors qu'à l'évidence le règne du marché roi ne donne pas les résultats escomptés dans le cadre du Grand Marché, que l'Europe manque cruellement de politique industrielle, et que l'euro ne tient absolument pas ses promesses, nos dirigeants, soutenus par la très grande partie du système médiatique, défendent toujours plus de libéralisme, toujours moins d'entraves au libre jeu du marché, le respect pointilleux des règles de la concurrence "libre et non faussée", et la monnaie unique défendue par une Banque Centrale totalement indépendante. Bref, un maginifique exemple de fuite en avant...il faut vraiment avoir le nez sur le guidon pour ne pas s'en rendre compte...surtout que nos grands partenaires, Etats-Unis et Japon en tête, ont bien compris que les règles du marché appliquées à la lettre, cela ne suffisait pas.

Sur le plan politique, la rupture de plus en plus manifeste entre les peuples européens et cette Europe libéralo-impuissante déclenche chez nos "élites" une réaction de déni au mieux, de mépris le plus souvent. Là encore la fuite en avant...Vous n'avez pas voulu de notre Constitution ? et bien nous allons vous en préparer une nouvelle, et cette fois-ci nous ne vous demanderons plus votre avis ! Vous ne voulez pas de la directive Bolkestein ? et bien nous la voterons malgré tout ! Parce que nous savons ce qui est bon pour vous...

Concernant la monnaie unique, le même processus est à l'oeuvre : puisque l'euro ne marche pas, c'est que toutes les conditions de son succès ne sont pas encore réunis...libéralisons encore un peu pour voir...ça ne marche toujours pas ? et bien libéralisons et privatisons encore un peu plus...

Bref, une logique infernale...

Rassurons-nous, ces fuites en avant sont généralement le signal de l'épuisement d'une idéologie. A nous de nous battre pour faire entendre la voix de la raison. Rendons les débats de nouveau possibles, c'est là notre première mission !

Publié dans Analyses

Commenter cet article

Lucie 14/02/2006 15:42

Bien d'accord avec vous, j'approuve votre analyse.Certains parlent d'un budget européen multiplié par 20 pour que l'euro soit viable...iront-ils jusque là ???
PS : comment vous aider concrètement ?